Modesta, collective d’autrices

Modesta est une collective de quatre autrices qui écrivent, se publient, diffusent leurs textes, organisent des ateliers d’écriture et des évènements. Elle existe depuis 2021, à Bruxelles. On l’a créé pour fuir la solitude dans l’écriture comme dans la vie.

Et qui sort de la solitude dans la vie découvre quoi ? Le fun.

On a choisi d’appeler notre collective Modesta car c’est un personnage qu’on adore, issu du roman L’Art de la joie de Goliarda Sapienza. On signe sous ce nom commun car on considère que nos textes aboutissent grâce à un travail collectif. Modesta nous donne aussi une forme de liberté dans l’écriture en faisant moins peser l’individualité sur le texte. Elle permet une autre proposition que l’assimilation de l’auteur·ice à son œuvre, qui implique une promotion strictement individuelle.

L’image d’une création spontanée et inspirée, résultat d’une épiphanie, a notamment pour conséquences le manque de structures d’apprentissage et le manque de considération pour les conditions matérielles nécessaires aux auteur·ices. ette méconception persiste malgré une lutte pour la reconnaissance de l’écriture comme un travail, une recherche et une collaboration. D’où la nécessité de se retrouver dans un temps consacré pour travailler le texte, joindre nos compétences, partager nos expériences.

Se publier, en ligne et avec des fanzines, nous donne toute agentivité dans le processus de création de l’objet littéraire, sans devoir attendre l’approbation d’une institution disposant des moyens de production. On raccourcit le circuit de l’édition. On est présentes à chaque étape : de l’idée d’un texte, à l’écriture, au travail critique, à la mise en page, à l’impression, à la diffusion. C’est dans un même mouvement qu’on organise des ateliers d’écriture, des micros ouverts et des évènements littéraires. On crée ensemble un temps de littérature qui se suffit à lui-même, sans objectif ultérieur, simplement pour être et faire ensemble, pour rendre l’écriture ouverte et partagée.

Avant d’être un positionnement théorique, modesta est d’abord une intuition, une pratique, une activité autour de laquelle créer des alliances fortes et une solidarité dans les méandres de nos quotidiens (instabilités, recherches d’emploi, manque de sens et contexte politique violent). Modesta nous a ainsi conduit dans des situations absurdes et aventureuses qui ont consolidé nos amitiés, et nos amitiés ont pu consolider notre travail littéraire et artistique. L’amitié qu’on se porte permet de l’exigence, de l’honnêteté mais aussi une compréhension et une adaptabilité face aux évènements de vie de chacune. Il n’y a pas de patron à qui il oaut donner un certificat médical si on ne peut pas venir à une réunion, et si quelqu’une est en spm et a envie de pleurer suite à une erreur d’impression, c’est pas grave et on lui sert un café, puis on continue. Au fil des années, on a appris à se connaitre, à connaitre l’écriture de chacune, et on se guide d’autant mieux.

Notre pratique prend sens aussi dans un cadre géographique et culturel spécifique : le Royaume de Belgique. Nous y ressentons la centralisation de la capitale française. Notre positionnement se fait toujours « par rapport à ». Et par rapport à Paris, le monde de l’édition en Belgique francophone est très réduit. Au terme de nos études, les possibilités professionnelles dans le monde du livre étaient quasiment nulles, à part travailler pour F. le trouduc ou être payées au lance-pierre grâce à la super prime activa. Nous avons créé modesta pour avoir notre propre structure de travail et pour élargir les possibilités dans le monde du livre belge.

La poésie, par sa facilité de diffusion, nous a permis d’entrer dans le travail d’écriture et de l’expérimenter. Aujourd’hui nous explorons d’autres dimensions de la littérature tout en lui laissant une place importante. Nous tentons de créer des espaces d’interprétation et d’évocation où le sens est ambigu et libre. Pour nous, la poésie vise à rendre réelles des perceptions, elle prend en charge une part de la construction du monde et non sa représentation. La littérature ouvre des zones de recherche. Nous défendons le caractère fictionnel de nos textes, sans nier les explorations de nos vécus individuels, le spectre de l’écriture autofictionnelle et biographique mais en vue d’y proposer une fluidité.

Nos textes sont rassemblés dans un recueil, en coédition avec le Sabot, paru en octobre 2026 : RDV lundi